dimanche 11 juin 2017

Michel Onfray, l'art de prévoir le temps qu'il fait !





La belle petite collection éditée par Pierre-Guillaume de Roux a le mérite de rétablir l’art du pamphlet dans une époque insipide où le moindre écart de pensée peut faire l’objet d’une traduction en justice. Après avoir « giflé Jean d’Ormesson pour arranger la gueule de la littérature » et renvoyé le « putain de saint Foucault » à son fétiche, c’est au tour de Michel Onfray d’apparaître sous les traits d’un sage cosmétique dont « la raison vide » s’écoule parfaitement dans les entonnoirs de la pensée médiatique. 

Rémi Lélian dresse le portrait sans concession d’une baudruche philosophique avec la pointe de mélancolie de ceux qui sont partis en voyage avec l’espoir de découvrir des paysages authentiques et qui en reviennent avec les yeux remplis de spots publicitaires. A la lecture de l’ouvrage, on comprend effectivement que Lélian n’est pas un jeune ambitieux qui veut se faire un nom en déboulonnant une icône médiatique. Au contraire, lui-même philosophe de formation, il a lu les nombreux ouvrages d’Onfray avec l’impression d’avoir brassé du vide pendant de très longues heures. Renvoyer l’ascenseur à son auteur, avec l’ironie des pamphlétaires, est bien la moindre des choses, si cela peut éviter à d’autres de s’enliser dans les mêmes marais de la pensée stagnante et faussement subversive.

A ce propos, il faut avouer que la cible n’est pas si facile que cela à atteindre car tout le monde, à un moment donné ou un autre, peut se reconnaître dans l’auteur de Décadence. Disons-le franchement, nous-mêmes avons salué les saillies du régionaliste normand contre la centralisation parisienne, jubilé aux répliques sarcastiques de l’écrivain « nietzschéen » contre les vedettes autoproclamées du paysage audiovisuel, repris à notre compte les leçons politiques que le philosophe proudhonien décernait à la gauche sociale-démocrate, sourit aux déclarations tonitruantes de notre fier-à-bras jouisseur et libertaire, etc. Et alors ? Cela en fait-il un philosophe à part entière qui ne nous épargne aucune de ses lamentations oraculaires ? Pas moins de quatre livres publiés en 2017, et nous ne sommes qu’au mois de juin !

 
 En vérité, Michel Onfray est quelqu’un qu’on écoute mais qu’on ne lit pas, sauf éventuellement dans le train pour épater les jeunes étudiantes et se donner un air de philosophe-en-chemise-blanche. Car qui le lit avec attention, comme Rémi Lélian a pu le faire, ne peut qu’aboutir à la conclusion suivante : « Michel Onfray figure seulement la rencontre de l’époque avec le vide dont elle est issue, et qui fabrique son golem afin de se convaincre qu’elle existe autrement que sur le mode de l’illusion univoque… » Comme tous les « intellectuels » médiatiques, notre philosophe est là pour nous réconforter, nous consoler, nous faire du bien ; il est là pour dresser un rideau de mots faciles entre le réel et le spectacle. C’est la pensée intempestive pour pseudo-réactionnaires comme il existe une discipline positive pour enfants difficiles. 

La grande force d’Onfray est effectivement d’apparaître comme un rebelle, un rebelle estampillé « vu à la télé » ! Il ne cesse de dénoncer la pensée unique tout en servant une espèce de soupe libertaire sur toutes les ondes médiatiques disponibles, il ne cesse de parler de politique comme s’il était au comptoir du bistrot tout en précisant qu’il ne vote pas et qu’on ne l’y reprendra pas à croire en quoi que ce soit, il se fend de détruire les idoles de la pensée moderne tout en utilisant lui-même des procédés dignes des meilleures polices politiques, etc. Bref, Michel Onfray a un talent merveilleux : celui de maîtriser à la perfection la rhétorique populiste, au plus mauvais sens du terme, celui de toujours caresser les gens dans le sens du poil. 

Pensez bien, il est plutôt Voltaire que Rousseau (sous-entendre plus lucide qu’idéaliste), de gauche que de droite (sous-entendre généreux plutôt que privilégié), Girondins que Jacobins (sous-entendre démocrate plutôt que révolutionnaire), de Gaulle que Mitterrand (sous-entendre résistant plutôt que pétainiste), Proudhon que Marx (sous-entendre libertaire plutôt que communiste), etc. La dialectique est aussi fine qu’une corde à tirer les bœufs mais cela marche à chaque fois. Et l’Onfray de ponctuer en règle générale ses entretiens par une sentence pleine d’autosatisfaction : « Je suis un homme libre, ce qui n’est pas la chose du monde la mieux partagée et ce qui est la chose la plus vilipendée par les encartés ». 

 
 
Face à un tel déferlement démagogique, il est revigorant de lire un ouvrage comme celui de Rémi Lélian qui, sans animosité particulière, nous redonne un peu le sens des mesures, à savoir que de dire « qu’”il fait jour″ quand il fait jour et que ″ça s’obscurcit” quand tombe le crépuscule » n’est pas un puissant travail philosophique. C’est juste une façon de prévoir le temps qu’il fait !



2 commentaires:

  1. En fait il n'est pas aussi évident que cela de dire que le ciel est bleu quand il est bleu, du fait du nombre de personnes pour lesquelles l'intérêt est que le ciel soit gris et qui vous soutiennent mordicus qu'il l'est. Le rôle du philosophe est justement de nous aider à voir le monde tel qu'il est et ce n'est pas "évident" tant notre vue est basse et biaisée. Certains sont aveugles, d'autres borgnes, certains louchent d'autres partent en vrille; bien souvent c'est la parabole des aveugles qui s'impose:, Breugel au secours! Les certitudes en ce bas-monde (pourquoi "bas" d'ailleurs) sont rares et généralement sombres. Les anglais disent qu'il y deux choses auxquelles on n'échappe pas: les taxes et la mort. C'est peut-être pour cela qu'ils ont inventé les paradis fiscaux situés en plus sous un ciel idiot car toujours bleu. Le naufrage de l'entendement semble patent car la devise des Lumières "Sapere aude" "Aie le courage de te servir de ton entendement" sombre devant la tyrannie de la preuve tangible, qui a accablé ce pauvre St Thomas. Le philosophe est alors moqué, car pourquoi aurait-il raison, lui? Et si je veux que la Terre soit plate pourquoi aurais-je moins raison que vous? Non mais! En fait si Onfray n'existait pas il faudrait l'inventer, au moins pour justifier l'existence de ce livre. En attendant faut que j'en lise au moins un, si j'ai le temps. Pour l'instant le ciel est bleu, enfin, je crois.

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  2. Au moins, Michel Onfray ne croit pas à la fable du réchauffement climatique d'origine anthropique. C'est déjà pas mal. Quand on connaît le matraquage médiatique à ce sujet, on mesure la qualité de sa réflexion.

    Bulletin des climato-réalistes n° 38

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