vendredi 27 mai 2016

Le terrorisme : nouvelle guerre totale ou conflit de basse intensité ?


Le terme Conflit de basse intensité (CBI) désigne un large spectre d’affrontements armés opposant de manière multiforme un ou plusieurs États à des acteurs non-étatiques, selon la définition établie par le Général britannique et spécialiste de la guerre contre-insurrectionnelle Frank Kitson. Par opposition à un conflit de haute intensité, dans lequel deux entités étatiques (voire plus) se livrent un combat, dont l’intensité pourra se rapprocher de la définition contemporaine de la guerre totale, les conflits de basse intensité se caractérisent plutôt par leur caractère discontinu, limité et multiforme.
Le terrorisme international qui a connu un développement spectaculaire à partir des années 1970 jusqu’aux récents attentats de Paris (13 novembre 2015) ou de Bruxelles (22 mars 2016), s’apparente, sous de nombreux aspects, à une forme de conflit de basse intensité, gagnant aujourd’hui les grandes métropoles occidentales, dont l’objectif est de déstabiliser les États et sociétés qui en sont la cible. L’impact médiatique et psychologique énorme des tueries de Paris (plus de 140 victimes entre janvier et novembre 2015) a amené le gouvernement français à développer une rhétorique de la guerre totale répondant à celle qui est développée par l’État Islamique à l’encontre de la France.
Sommes-nous en guerre ?
Au lendemain des attentats de novembre, la rhétorique gouvernementale se résumait au leitmotiv inlassablement répété par Manuel Valls : « Nous sommes en guerre », lecture de la nouvelle situation politique d’ailleurs immédiatement mise à profit par François Hollande pour prévenir ses partenaires européens que le pacte de sécurité prévalait désormais sur le pacte de stabilité économique. Le 10 mars dernier, Jean-Yves Le Drian annonçait que le budget militaire de la France devait à nouveau augmenter : en plus de l’ouverture de 15 000 postes supplémentaires dans l’armée de terre et de 7000 dans la gendarmerie, le ministre de la Défense entend augmenter le budget de la réserve opérationnelle de 77% sur quatre ans. La mesure est symbolique. Après la fin de la conscription obligatoire en 1997, on revient à une conception concevant comme une nécessité première d’intégrer les civils à l’outil militaire afin de faciliter la défense du territoire. Ces évolutions significatives, intervenues en très peu de temps, alors que les professionnels et spécialistes étaient encore nombreux à déplorer le déclin de l’appareil militaire, pourraient à elles seules démontrer que la spectaculaire « extension du domaine de la lutte » en matière de terrorisme a effectivement livré l’Europe à un conflit de basse intensité qui a produit des retournements politiques spectaculaires.

Logique de déterritorialisation

Cependant, cette rhétorique et ce volontarisme, en accréditant d’une certaine manière la thèse d’un retour à la dialectique schmittienne de l’ami-ennemi, ne sauraient masquer le fait que la menace terroriste exportée en Europe par l’État Islamique s’appuie sur des logiques de déterritorialisation fortes. Bertrand Badie en faisait l’observation en 1995 dans La fin des territoires : essai sur le désordre international et sur l’utilité sociale du respect : « les apories territoriales se rapprochent du monde occidental et prolifèrent à mesure que se décompose l’ancien Empire soviétique. La démultiplication des échanges et des modes nouveaux d’intégration couvre d’ambiguïté l’idée multisécuritaire de territoire national. » [Fayard. 1995.] Une manière de souligner que la fin de l’Union Soviétique a mis en lumière la remise en question profonde du modèle de l’État-nation dans les régions anciennement situées dans la zone d’influence soviétique. Cette aporie, ou cette impossibilité territoriale, qui se révèle dans le système mondial post-guerre froide touche aussi les États-nations européens. Comme le soulignait le spécialiste des relations internationales Didier Bigo, la capacité à devenir invisible et l’esprit sacrificiel qui garantissent l’efficacité des groupes terroristes islamistes sont favorisés aujourd’hui par le caractère de plus en plus transnational des États européens. « Le problème n’est plus l’affrontement et l’accumulation des forces mais l’identification du groupe qui a commis des actes de violence. » Dans le contexte actuel marqué en Occident par une porosité extrême des frontières et une internationalisation croissante des territoires, ce travail d’identification devient très difficile, voire impossible.

Ce que veut l’État islamique

Tout le paradoxe et l’ironie de la campagne de conquête et de terreur initiée par l’État Islamique repose sur ce vaste mouvement de déterritorialisation. La première de ces apories fut largement médiatisée en septembre 2014 lors du franchissement de la frontière Syrie – Irak. Elle symbolisait la remise en cause de l’ordre Sykes-Picot, vieux d’un siècle, et la capacité d’un prosélytisme islamiste à utiliser à son profit les logiques d’oppositions interethniques, religieuses ou claniques dont la vigueur démontrait encore en 2014 la faiblesse de l’implantation du modèle de l’État-Nation au Moyen-Orient. L’État islamique s’est montré capable de tirer profit, pour nourrir son ascension fulgurante, des divisions et de la corruption endémique d’une société irakienne plongée dans le chaos ou des faiblesses d’un pouvoir syrien appuyé lui aussi sur les logiques communautaires. Mais les théoriciens de Daech ont su également utiliser à leur profit le délitement progressif des sociétés européennes et le discrédit relatif de leurs systèmes politiques. L’État Islamique ne fait pas mystère de son intention de mener une véritable guerre de civilisation, une rhétorique qui inspire même le titre du magazine Dabiq, du nom d’une ville syrienne où, selon la propagande de Daech, « brûleront un jour les armées croisées ». La déterritorialisation, sur fond de sécession communautaire et d’immigration massive, autorise désormais l’islamisme à faire appel à un djihadisme européen qui rend plus difficile encore la prévention des attentats.



Surtout, la répétition des actes terroristes dévoile ce que Bigo analysait déjà il y a vingt ans. Le conflit dans lequel nous plonge le terrorisme international fait voler en éclat l’illusion du monopole de la violence et de l’État protecteur et surplombant. Désormais à peine capable d’assurer les prérogatives du veilleur de nuit, l’État correspond aujourd’hui « à une direction administrative, à une gouvernementalité qui prétend être l’incarnation de la Nation et du Peuple en s’intitulant pour ce faire État. On croit à la monopolisation effective là où il n’y a toujours eu qu’une certaine prétention des gouvernants à revendiquer avec un certain succès seulement ce monopole. »

Permanence de la logique territoriale

Il convient cependant de nuancer encore quelque peu cette vision des choses qui nous verrait livrés pieds et poings liés aux exactions d’un islamisme transnational tout autant qu’aux choix hasardeux d’un État administrateur de chaos. Au conflit de basse intensité européen répond un conflit qui prend en Syrie le visage d’un plus classique affrontement territorial entre deux entités : le régime de Bachar-Al Assad, soutenu par la Russie, et l’État islamique qui possède une implantation et des ambitions territoriales qui peuvent être contrées de façon plus classique, sous réserve d’intervention au sol bien sûr. Par ailleurs, en Europe, même si l’on peut souligner le rôle du transnational, on ne peut en revanche que remarquer le caractère territorial de l’implantation salafiste qui a déjà gagné des quartiers dans les grandes métropoles et cherche à en obtenir davantage en appliquant aux zones grises de notre développement urbain un principe de conquête de territoires qui peuvent ensuite servir de base arrière aux actions terroristes.
Le contexte de plus en plus menaçant confirme la faillite des États européens, incapables d’appréhender le caractère inédit du conflit se déroulant désormais sur leur sol et tout aussi impuissants à assumer leurs responsabilités dans le conflit qui se déroule à leurs portes au Moyen-Orient, avec pour conséquence une crise migratoire qui achève de faire vaciller une Union Européenne en lambeaux. Ceci a permit à la Russie d’achever son équipée syrienne par une splendide opération de communication faisant de Vladimir Poutine le sauveur de Palmyre, joyau gréco-romain pour lequel les Européens n’auront pas levé le petit doigt.


Publié sur Contrepoints

mercredi 25 mai 2016

L'avant-guerre civile


 En 1998, le philosophe Eric Werner évoquait, dans un ouvrage au titre éponyme, « l’avant-guerre civile »[1], s’inquiétant de la propension des Etats contemporains à user à leur profit des multiples tensions internes des sociétés contemporaine afin de légitimer leur pouvoir, distribuant ici et là des subventions, des droits, des statuts, des avantages à tel ou tel segment de la population, utilisant à leur avantages la destruction du tissu social, les conséquences de l’immigration de masse et la menace d’affrontements sociaux-ethniques pour consolider une position d’arbitre incontournable dans un contexte de délitement postmoderne.

Les troubles liés à la contestation de la loi El Khomri donne à nouveau l’occasion de vérifier la viabilité des thèses de Werner. La majorité des Français assistent en spectateurs médusés aux explosions de violence auxquelles donnent lieu les exploits des antifas et autres casseurs au nom d’un romantisme révolutionnaire et d’un projet anarcho-utopistes qui laissent nombre d’observateurs dubitatifs voire franchement atterrés. Pour les routiers et salariés qui tentent de bloquer autoroutes et raffineries, la remise en cause de la loi travail et la question de la rémunération des heures supplémentaires reste le point essentiel d’un discours contestataire et de revendications salariales assez classiques. Pour les manifestants autoproclamés « anticapitalistes » qui ont dévasté les centre-villes rennais ou nantais, on a dépassé en revanche depuis bien longtemps ces préoccupations très terre à terre pour afficher des exigences nettement plus abstraites : « Pour rappel, NuitDebout c’est horizontal, c’est-à dire qu’il n’y a ni prises de position officielles, ni revendications officielles », rappelle de façon assez cryptique le compte Twitter du mouvement Nuit Debout rennais. La furie chaotique qui anime les casseurs se voudrait-elle simplement l’illustration d’un nouveau « mal du siècle » au chevet duquel se penchent les médias compatissants et d’un projet de société « idéale » qui coûte surtout cher en mobilier urbain ? 


Le spectacle des centres urbains de Paris, Rennes ou Nantes, livrés à la rage de demander l’impossible, irrite l’opinion publique et embarrasse le gouvernement dont on ne sait s’il a péché par incompétence ou amateurisme machiavélien. Les idiots utiles se trouvent à tous les étages de l’avant-guerre civile dont Eric Werner a très bien décrit les contours mouvants dans son ouvrage, il y a dix-sept ans. Avec une lucidité certaine, Werner détaillait alors le mécanisme de dislocation de la démocratie livrée à elle-même à la fin de la guerre froide. On peut d’ailleurs relier quelques réflexions à celle de Werner. Fukuyama tout d’abord, énormément et quelquefois injustement moqué et dont La fin de l’histoire[2] ne pronostique peut-être pas tant une fin de l’histoire globale que l’incapacité de l’homme occidental à s’inscrire encore dans cette histoire. Marcel Gauchet[3] également, qui analysait ce système étrange d’une démocratie dont le triomphe absolu menace l’existence même, et dont les institutions ou les gouvernements n’ont plus pour fonction que de servir de self-service législatif à des sociétés atomisées et individualistes. 

Werner va plus loin cependant dans L’avant-guerre civile. Le constat fait en 1998 dépasse celui de l’anomisme durkheimien. En encourageant une immigration de masse dont ils refusent paradoxalement d’assumer les conséquences en termes d’intégration sociale et culturelle, les Etats européens ont délibérément cherché à détruire le tissu social et attiser les tensions en son sein pour diviser et neutraliser l’opinion. La gestion de la question sécuritaire est par ailleurs aussi aberrante que le thème est central dans toute les campagnes politiques d’importance depuis trente ans. Incompétence ou aggravation délibérée du climat sécuritaire et social ? Eric Werner ne doutait pas, en 1998, que la deuxième explication était la bonne : l’insécurité sociale, culturelle et physique est dans tout les cas un levier de pouvoir formidable et un instrument de contrôle des masses. Il s’agit donc de la susciter et de l’aggraver par une politique délibérée de culture du chaos dont la gestion des troubles liés à la loi El Khomri donne aujourd’hui un autre exemple.

On se demande en effet comment le gouvernement et le ministère de l’Intérieur ont pu laisser aller les choses aussi loin depuis les premières violences liées à Nuit Debout jusqu’aux saccages intervenus à Nantes ou Rennes. La police et la gendarmerie y sont logiquement les premières exposées : près de 400 blessés depuis le début des violences, sur lesquels les médias s’attardent moins que la malheureuse victime rennaise d’un tir de flashball. Il est vrai que le syndrôme Rémi Fraisse – après Malik Oussekine – étant très présent dans les esprits, les forces de l’ordre peuvent se plaindre à bon droit de ne jamais recevoir de directives claires ou de n’obtenir l’autorisation d’intervenir que quand la situation a déjà largement dégénéré. Syndicats et manifestants peuvent alors hurler à la répression policière tandis que l’opinion a sous les yeux le spectacle de casseurs brutaux et de syndicats irresponsables justifiant le recours à la violence au nom d’arguments et d’une rhétorique de la victimisation qu’une grande partie de l’opinion ne comprend plus. C’est exactement le scénario pensé par Werner dans un contexte où frontières et autorités étatiques deviennent si floues qu’elles justifient l’emploi du vocable « d’avant-guerre civile » décrivant une situation de déliquescence avancée du pouvoir politique et de fragmentation territoriale qui prélude à des troubles bien plus graves. C’est ce contexte dont les gouvernements modernes tentent avec plus ou moins d’habilité de tirer parti pour maintenir un pouvoir fragile…et de plus en plus fragilisé par ce qui apparaît comme un cynisme bas du front et suicidaire. 

Dans un ouvrage plus récent, publié en 2012, Le début de la fin et autres causeries crépusculaires[4], Werner retente à nouveau la démonstration faite dans L’Avant-guerre civile, cette fois sous la forme originale de brefs dialogues entre plusieurs archétypes qui s’entrecroisent, l’Avocate, l’Ethnologue, le Visiteur, l’Étudiante… Dialogues que l’auteur poursuit d’ailleurs sur son blog personnel, en livrant quelques analyses acides sur l’actualité la plus récente :

Cela étant, les gens, parfois, se réveillent. Vous parlez de Verdun, dit l'Etudiante? C'est très rare que le pouvoir recule, dit le Visiteur. Surtout quand des symboles sont en jeu. En règle générale, il ne cède pas. Là, en revanche, il a cédé. Cela mérite attention. Expliquez-moi, dit l'Etudiante. La peur est le commencement de la sagesse, dit le Visiteur. Ces personnels, je pense, ont eu peur: peur pour eux-mêmes, tout simplement. Peur qu'il ne leur arrive quelque chose. Juste quelque chose. Ils sont habitués à prendre des risques, dit l'Etudiante. Quand, dans ce domaine-là, les gens se réveillent, en règle générale cela fait particulièrement peur, dit le Visiteur. On ne sait jamais où cela mène, je veux dire: jusqu'où.[5]


Publié sur Contrepoints


[1] http://www.lagedhomme.com/ouvrages/eric+werner/l'avant-guerre+civile/2478
[2] https://www.forum.lu/wp-content/uploads/2015/11/2961_137_Campagna.pdf
[3] http://gauchet.blogspot.fr/2006/05/la-dmocratie-contre-elle-mme.html
[4] http://livre.fnac.com/a5017701/Eric-Werner-Le-debut-de-la-fin
[5] http://ericwerner.blogspot.fr/

lundi 23 mai 2016

Rennes ou la lutte des casses




« Rennes est devenue une ville de contreplaqué », explique Vincent, un grand barbu au ton posé, qui exerce le métier de blanchisseur et raconte de quelle manière il a écopé d’un coup de matraque en allant livrer un restaurant du centre-ville de Rennes. « J’ai garé ma camionnette place des Lices, où a lieu le marché. L’ambiance était très différente d’un jour de marché normal et la foule plus nombreuse. » Il est néanmoins aller porter sa commande au restaurant. « J’ai à peine eu le temps de prendre un café qu’un feu de palette était allumé dehors. Un camion de pompier est rapidement arrivé sur les lieux et a été accueilli par des jets de projectiles. En cherchant à reculer, il a embouti un deuxième camion qui le suivait. Je n’ai pas demandé mon reste et je suis sorti pour tenter de regagner ma camionnette. » Bloqué par la foule et repoussé vers une rue adjacente, il se retrouve face à un CRS, qui lui assène un coup de matraque sur le flanc. « Plutôt un avertissement qu’un coup véritable », tempère Vincent, « je n’avais pas vraiment une dégaine de casseur et je pense qu’il s’agissait juste de me faire comprendre fermement qu’il fallait dégager au plus vite. » 

Vincent n’en veut pas particulièrement au CRS qui lui a laissé un beau bleu. Ce sont ceux qui ont déclenché un feu de palettes et ont caillassé le camion de pompier qu’il tient pour les principaux responsables. Il a même peine à comprendre la soudaine flambée de « haine anti-flic », que dénonçait il y a quelques jours les policiers qui ont manifesté à Paris. « C’est un drôle d’ascenseur émotionnel. Après les attentats de janvier 2015, on voyait des images de foule embrassant les forces de l’ordre, et aujourd’hui on a ce genre de scène de violence, il n’y a pas beaucoup de cohérence dans ce pays. » Les scènes de violence en question sont amplement relayées sur les réseaux sociaux par les groupements « autonomes » ou « antifas », à l’instar de cette vidéo largement reprise montrant le lynchage d’un CRS par une foule d’émeutiers avec, pour toute justification, un commentaire édifiant : « il a voulu faire le chaud, il l’a bien cherché. »
Rennes est depuis longtemps considérée comme une base historique du mouvement antifa. En février 2014, l’organisation d’un meeting du Front National dans la salle de la Cité, haut lieu de la vie musicale rennaise et symbole historique de la culture ouvrière de la ville, avait provoqué une nuit d’émeutes, dévastant une partie du centre-ville. Ces dernières semaines, la salle de la Cité s’est retrouvée à nouveau au centre des tensions. Investie par des squatters et mouvements d’extrême-gauche, la salle de concert datant de 1920 a été entièrement vandalisée, les murs tagués et percés, le plancher défoncé, l’enseigne arrachée. D’abord peu regardante vis-à-vis de l’occupation, la mairie PS de Rennes s’est résolue à faire évacuer l’endroit par la force, occasionnant la fameuse nuit d’émeutes que Rennes a connu vendredi 11 mai. L’affaire rappelle un précédent, celui du CPE, quand un « village solidaire » avait été installé en plein milieu de la place parlement, sorte de « Nuit Debout » avant l’heure, cour des miracles haute en couleur avec ses stands, ses cracheurs de feu ou ses jongleurs et une sono rudimentaire diffusant de la techno rugueuse en continu pour le plus grand plaisir des riverains…Jusqu’à ce qu’Edmond Hervé, maire de l’époque se décide brutalement à faire évacuer à coups de bulldozers tout ce joli monde qui risquait de compromettre sérieusement la tenue du festival Mythos à l’arrivée du printemps… 


La tradition d’extrême-gauche de Rennes ne date en effet pas d’hier. L’Appel, qui a inspiré le célèbre opus L’insurrection qui vient, du comité invisible, passe pour avoir été rédigé en 2003 dans l’un des nombreux squats rennais, L’Ekluserie, fief des antifas et de la CNT. Le milieu très particulier qui gravitait au début des années 2000 dans ces différents squats – L’Ekluserie, L’Elaboratoire, Le Ty-Squat…- a été dépeint de manière fort intéressante par la réalisatrice Bénédicte Pagnot dans le film Les Lendemains. Elle y décrit l’itinéraire d’Audrey, jeune étudiante issue de la banlieue périurbaine de la capitale bretonne et découvrant peu à peu le milieu alternatif des squats et de la contestation d’extrême-gauche. Deux scènes en particulier marquent le film. Dans l’une d’elle, le groupe de squatters « autonomes » raillent les salariés qui tiennent un piquet de grève devant une usine. A Audrey un peu décontenancée, un de ses compagnons de squat assène : « On n'a pas trouvé à ce jour de meilleure méthode disciplinaire que le salariat. » Une citation tout droit tirée de L’insurrection qui vient. A un autre moment, avoir peinturluré en noir une permanence CGT, les spécialistes de l’agitprop avouent penauds à l’un des leurs qui leur reproche de n’avoir pas inscrit le moindre slogan qui puisse différencier leur action du vandalisme primaire : « on n’y a pas pensé. » Le film de Pagnot date de 2012. Il n’a semble-t-il rien perdu de son actualité…

 
Dans les années 70-80, Rennes avait gagné ses galons de capitale du rock et du punk. Dans les années 90, les innombrables bars y offraient encore une vie nocturne qui n’avaient rien à envier aux nuits parisiennes. Ce fut aussi, à cette époque, l’arrivée de la techno et des free parties et l’enracinement d’une population bigarrée et interlope dans le centre-ville et les faubourgs de la capitale bretonne où les squats se multipliaient. « Je croise un charclo, il me dit qu’il vient de Rennes », chantait déjà MC Solaar au début des années 90, quand la cité bretonne avait acquis une véritable réputation de ville ouverte et que la faculté de Villejean était devenu un bastion de la contestation étudiante. « Quand Villejean se mettait en grève, se souvient un ancien combattant de la grande époque pas si lointaine, l’université Toulouse-le-Mirail lui répondait immédiatement et les deux facultés se tiraient la bourre pour savoir qui ferait perdurer le mouvement le plus longtemps. Rennes gagnait le plus souvent. » Les troubles ont d’ailleurs repris à Villejean à l’occasion des manifestations contre la loi El Khomri. Au point que, pour empêcher l’occupation d’un grand amphi, la présidence de la faculté de Rennes-Villejean a tout simplement décidé…de le faire murer après évacuation. Tout un symbole…



Les années fastes de Rennes semblent loin aujourd’hui. Nantes lui a ravi son statut de capitale culturelle et musicale et Rennes la fêtarde est redevenue une sage préfecture, un peu assoupie. Peu à peu les bars se ferment, la fameuse rue St Michel, dont une partie est occupée par des travaux qui semblent ne jamais devoir finir suite à l’incendie d’un immeuble, a largement perdu de sa superbe. Une par une, les nombreuses librairies de la ville disparaissent, remplacée par des magasins de déco. Ne reste de la grande époque que l’enthousiasme révolutionnaire, porté par les groupes autonomes et antifas, dont l’activisme repose sur une véritable mystique de la violence, plus encore que de la révolution. 


Les groupes qui ont mis à sac le centre-ville le vendredi 11 mai et ont encore tenté dans les jours suivants quelques actions d’éclat sont en effet bien différents des camionneurs ou des salariés qui ont bloqué rocade ou raffineries aux alentours et dont ils prétendent partager le combat. Antifas ou autonomes ont leur propre histoire à Rennes, des redskins des années 90 aux casseurs d’aujourd’hui qui desservent largement la cause qu’ils prétendent servir. Et les troubles des dernières semaines contribuent un peu plus à l’assoupissement de l’ancienne capitale du rock, rendant la vie dure pour les cafetiers et autres commerçants. Le jeudi soir qui suit les affrontements du week-end, les terrasses de la rue de la Visitation sont normalement, et plus encore en cette époque de fin d’examens, encombrées de clients. Ce soir-là, pas un chat à vingt-deux heures. La rue est totalement déserte. Un client s’étonne, avec un peu de méchanceté : « C’est Laval ici ou quoi ? » Un patron de bar, un peu plus loin, place St Michel, n’a pas lui le cœur à rire : « les attentats du 13 novembre ont eu un impact ici aussi. En termes de fréquentation, c’était déjà une mauvaise année depuis décembre mais avec ce qui se passe maintenant, ça commence à ressembler à un désastre. On parle de violence policière ou de violence des casseurs mais la violence est aussi économique. » Dans la journée, l’impression est la même. Peu de voitures circulent, tout le monde s’étant jeté sur les stations-service par crainte de la pénurie d’essence. Le centre-ville déserté n’est fréquenté que par quelques badauds et des groupes de gendarmes ou de policiers caparaçonnés qui circulent entre les vitrines couvertes de panneaux de bois. Pas une banque, pas une, n’a échappé à la destruction. Sur l’un des panneaux couvrant le Crédit Mutuel, un graffeur sarcastique a imité à la perfection le sigle « HSBC », tandis que le sigle de la Banque Populaire orne désormais la façade aveugle d’une Société Générale comme si toutes ses destructions résultaient d’une étrange bataille de territoire entre enseignes. A quelques pas de là, Tieck, patron du « BDS », le « Bar Des Sports », lieu branché des quais, ironise avec un certain humour sur sa bonne fortune. Originaire d’Asie, il a vécu quelques temps à Chicago où il a rencontré sa femme, avant de décider de revenir en France et à Rennes, où il avait accompli ses études. Il y a depuis installé trois restaurants et deux bars. « Mon père est un homme très croyant et très pratiquant. Alors quand j’ai monté mon bar ici, il a insisté pour que je place à l’entrée le petit miroir à huit faces qui sert en Asie à attirer la bonne fortune sur le nouvel établissement. On dirait que ça a marché, j’ai un collègue qui m’a demandé récemment comment j’avais fait pour avoir la seule vitrine tenant encore debout sur les quais après la castagne de vendredi. » 



Il n’empêche qu’il ne comprend pas vraiment les motivations des manifestants. « Je comprends qu’on proteste contre la loi El Khomri. Chacun peut avoir ses raisons et son avis mais il y a des choses qui m’ont choqué. J’ai vu un type qui brandissait un panneau pour proclamer qu’il refusait de se lever à moins de 1200 € par jour. Ma mère a travaillé toute sa vie et s’est levée pour bien moins que ça. Je trouve ce genre de slogan insultant. » D’autres choses ne passent pas : voir des casseurs attaquer un distributeur de billets à la hache de pompier, dévaster les boutiques et les commerces sans distinction. La page Facebook « Rennes contre les casseurs » recense ainsi les exactions commises et s’étonne que même la boutique d’un coiffeur n’ai pas échappé au carnage. Une partie grandissante de la population a certainement du mal à comprendre les motivations de ceux qui se livrent à ce genre de méfaits mais l’avis partagée par beaucoup est aussi que le gouvernement et les autorités ont sciemment omis de donner des directives claires aux forces de l’ordre et laissé pourrir la situation avant d’intervenir, ceci afin de décrédibiliser le mouvement de contestation de la loi El Khomri aux yeux de l’opinion publique. « Tout cela pour que les gens mettent dans le même sac opposants et casseurs…Le premier responsable des violences, commises d’ailleurs aussi bien à l’encontre des biens et des personnes que des forces de police, c’est le gouvernement », commente une habitante. Dans sa volonté de se dissocier des agissements des divers groupuscules et face aux accusations de manipulation par l’ultragauche radicale, le mouvement « Nuit Debout Rennes » s’est fendu d’un tweet (involontairement) amusant pour se défendre de toute prise de contrôle occulte du mouvement. « Nuit Debout n’a pas d’organisation horizontale » ont tenu à préciser de façon charmante les organisateurs. Un peu de poésie dans un monde de casse ?


Publié sur Causeur

lundi 16 mai 2016

Portraits imaginaires (6) - Tariq Ramadan


Après le Maire de Province, Alain Soral, L'intégriste, François Pinault et le tueur en série, voici un sixième portrait imaginaire consacré à Tariq Ramadan. Comme leur nom l'indique, ces portraits sont fruits de l'imagination et n'ont d'autre prétention que de mettre en lumière les archétypes représentés par les figures humaines, médiatiques ou politiques qui leur tiennent lieu de prétextes.

             
             Son air de levantin précieux pourrait nous le faire prendre pour un méchant de Tintin, s’il était moins beau. Distingué, son élégance sobre tranche avec un temps qui ne conçoit de l’apparence que l’outrance ou le débraillé, et nous laisse deviner dans sa façon de se vêtir toute la profondeur d’une civilisation. Jusqu’à peu notre monde considérait celui des ses ancêtres comme une menace et à plusieurs siècles d’aujourd’hui les choses étaient plus claires ─  Conquérant ou envahisseur jamais nos aïeux n’auraient osé lui faire l’affront d’être une taupe ! Mais chez nous, c’est aussi chez lui, et malgré sa culture lunaire, il est né là où le soleil meurt. Attaché à Mahomet comme nous jadis au Christ, et comme les Juifs à leur D., on ne saurait lui reprocher de vouloir le retrouver, loin du désert, sous nos climats tempérés. Pour ces raisons certains l’accusent de tenir un double discours, de prêcher le blanc tout en rêvant du noir et de se présenter en laïc lors qu’il serait un agent de l’Islam international. Pauvre univers que le nôtre, incapable de comprendre que chaque amour n’est pas d’un ordre semblable et que les religions transcendent les pays où elles s’incarnent sans pour autant vouloir les détruire. Et puis s’il sait changer de ton, c’est qu’il ne s’adresse pas pareillement aux uns et aux autres et que son public varie. L’art de la rhétorique est une forme de politesse, qu’il maîtrise jusqu’au sublime, car si les sophistes n’ont pas la vérité pour but, ils ne disent pas forcément toujours le faux !

         Justement, il est plutôt clair et, à moins de voir dans une variation de tessiture la naissance d’un mensonge, quand il s’exprime c’est pour tenir toujours parole identique : ses frères doivent s’adapter au monde qui les environne, et nonobstant les habitudes qu’ils confondent souvent avec un devoir religieux, retrouver dans la modernité le message intemporel du Prophète. Il les exhorte à honorer la véritable religion dépouillée de ses oripeaux culturels, y compris si pour ce faire quelques rites passent à la trappe ou restent sur le continent où ils sont nés et que leur foi a traversé. Mais l’Islam n’a pas vocation à demeurer portion congrue et faute de se renier préfère s’étendre. Implore-t-il alors la guerre ? Désire-t-il la violence purificatrice qui accouchera en Occident le Coran par le cimeterre ? Pas du tout ! au contraire, il sait le temps de son côté, et que, la nature abhorrant le vide, bientôt les terres athées accepteront pacifiquement le Miséricordieux, à l’instar d’un orphelin qui ayant oublié à quoi ressemblait son véritable père accueillera n’importe lequel de celui qui voudra bien remplir ce rôle, fut-il son ennemi autrefois… Dès lors, sans rien à défendre que le néant, comment lui reprocher de vouloir prendre la place du vide, même si ce vide c’est le nôtre ?  Pourrait-on  d'ailleurs se demander qui de lui ou de ses adversaires tient vraiment un double discours, qui, de celui qui refuse sa mort et de l’autre qui se sait vivant, ment ?

samedi 14 mai 2016

Aux soldats de Verdun, la République peu reconnaissante...




Il y a bien quelque chose de pourri au royaume de France. La République et ses élus reconnaissants ont finalement décidé d’épargner aux morts de Verdun l’ultime insulte de voir une caricature de gangsta américain à la sauce Skyrock venir symboliquement piétiner leurs tombes, mais le mal est déjà fait. Puisqu’on nous rappelle à longueur de temps l’importance du devoir de mémoire, remarquons que la mémoire de Verdun s’est définitivement effacée dans le crâne des élus de la République. « Après trois jours d’intense polémique venue notamment des rangs de l’extrême-droite, la mairie de Verdun (Meuse) annonce, ce vendredi matin, l’annulation du concert de Black M programmé pour commémorer le centenaire de la terrible bataille. »[1] Il est entendu qu’il faut nécessairement être d’extrême-droite pour trouver choquant qu’une sorte de pantin bling-bling soit choisi comme tête d’affiche d’une soirée destinée à rendre hommage aux 300 000 morts et au 400 000 blessés de la bataille de Verdun. En choisissant Verdun comme point de fixation pour tenter de saigner à blanc l’armée française lors de l’opération Gericht (« Jugement »), le général allemand Erich Von Falkenhayn pensait entraîner la France dans le piège du patriotisme et faire en sorte que des sacrifices insurmontables soient consentis pour tenir cette place-forte et ce lieu symbolique où fut signé en 843 le traité de Verdun qui donna naissance aux royaumes de Charles le Chauve, Lothaire et Louis le Germanique et détermina tout le destin de l’Europe. Mais le plan de Falkenhayn réussit trop bien : il réussit à galvaniser la résistance des troupes et l’adhésion de la population à l’effort de guerre. Après avoir engagé 1 million 200 000 hommes contre un nombre légèrement inférieur de Français, l’armée allemande devra s’avouer vaincue à Verdun, après avoir laissé dans l’aventure 150 000 morts et 200 000 blessés, un sacrifice tout aussi effroyable que celui consenti par l’armée française pour tenir Verdun. 

Pour évoquer cette épreuve et rendre justice aux centaines de milliers de spectres dont les ombres flottent encore sur les champs de bataille suppliciés de Verdun, il était logique de faire appel à Black M, parfaite synthèse entre variété débilitante et racaillitude grand-guignolesque, membre du groupe Sexion d’Assaut, dont le nom évoque avec délicatesse les Sturm Abteilung du parti nazi. Il aura fallu la plainte déposée par un petit-fils de poilu pour que Samuel Hazard, maire PS de Verdun, décide finalement de revenir sur la décision initiale et de déprogrammer Black M. 

On peut se demander naïvement ce qui peut se passer exactement dans la tête d’un élu quand on lui propose une idée pareille. « Monsieur le maire, ne serait-ce pas un projet innovant que de solliciter l’excellent chanteur de rap Black M pour animer les cérémonies de commémoration du centenaire de la bataille de Verdun ? » Il faut même produire un douloureux effort pour parvenir à lier en une seule ces deux réalités que la raison devrait pourtant s’obstiner à dissocier : le quotidien infernal des milliers de soldats hachés menu par la mitraille et l’univers de Black M, membre de Sexion d’Assaut, yéyé du rap américain, amuseur de galerie section « jeunisme aggravé ». 

Le cerveau de Samuel Hazard semble pourtant avoir très bien fonctionné au moment de prendre cette décision. Il continue d’ailleurs à la défendre puisque, dit-il, Black M est actuellement « plébiscité par les jeunes comme aucun autre artiste français. » Argument imparable que celui-là. On se demande pourquoi Dieudonné n’a pas été invité lors de la commémoration du soixante-dixième anniversaire du débarquement ou à l’ouverture des commémorations du centenaire de 1914-1918 en 2014. Après tout l’humoriste était aussi un artiste français plébiscité par les jeunes à ces moments, il aurait donc fallu l’inviter. On imagine que Maître Gims est déjà pressenti pour rendre hommage en 2017 aux quelques 30 000 soldats tués en une semaine au cours de la bataille du Chemin des Dames, avec un son et lumière de folie juste à l’emplacement de la funeste tranchée des baïonnettes. « Ne pas se prendre la tête » est devenu l’idéologie reine de toute une époque et notre société enrage de devoir prendre encore au sérieux quelques vagues tragédies de notre histoire. Qu’on se rassure en tout cas : l’annulation du concert de Black M n’est presque due après tout qu’à des questions de sécurité. Dans sa chanson « Désolé », en 2010, Black M traitait la France de sale pays de « koufars », de mécréants quoi. Un terme, a-t-on glissé à Samuel Hazard, qui fait désormais partie de la rhétorique de l’Etat Islamique et qu’il serait de mauvais aloi de voir associé aux commémorations de Verdun en raison d’une polémique malheureuse et en ces temps d’état d’urgence et d’attentats à répétition. 

Les poilus doivent donc à une tragédie plus récente que la leur le fait que leur sacrifice ne soit pas complètement déshonoré par un affreux bouffon de la société du spectacle venu danser et éructer sur leurs tombes. En tout cas ce n’est pas sur le respect de la mémoire ou le sens historique des élus qu’il leur fallait compter pour éviter l’affront. Après s’être pris les pieds dans cette nouvelle et pathétique polémique, l’Elysée, la mairie de Verdun et le Secrétaire d’Etat aux Anciens Combattants se renvoient tous la balle avec un courage dont on est heureux qu’il soit sans rapport avec celui dont firent preuve les soldats de Verdun. Sans quoi aujourd’hui on célébrerait peut-être une victoire allemande à Verdun en invitant le célèbre rappeur « Schwartz M »…


Alors que la ministre de l’Education Nationale a lancé à la rentrée dernière le dernier dispositif pédagogique en vogue – l’Enseignement Moral et Civique – destiné à réveiller l’esprit civique des centaines de milliers d’élèves français, il est ahurissant de constater de quelle manière peut être traitée la mémoire des centaines de milliers de combattants qui moururent dans les tranchées boueuses pour permettre à leurs descendants de se comporter comme de parfaits imbéciles dans ce qui, grâce à tous ces morts, s’appelle toujours une république aujourd’hui. Les professeurs des collèges et lycées à qui l’on a demandé, après les attentats de janvier et de novembre 2015, de maintenir, voire de ressusciter, la conscience citoyenne de leurs élèves vont avoir fort à faire tant elle semble bel et bien morte et enterrée chez nombre d’élus qui l’ont troquée depuis longtemps contre la démagogie et le jeunisme. Black M ne viendra peut-être pas à Verdun mais la République vient quant à elle d’y tomber au champ du déshonneur. Mais il semble admis aujourd’hui que celui qui rappelle l’importance de l’histoire dans la composition de la psyché nationale doit être immédiatement soupçonné d’accointances et de passions douteuses. Alors on oubliera Verdun, comme on oubliera Black M…De toute façon, c’est le départ imminent de Zlatan Ibrahimovic du PSG qui fait à présent à la une des médias. Les poilus, eux, reposent en paix. 





[1] Le Parisien (avec AFP). 13 mai 2016.

jeudi 12 mai 2016

Nuit Debout : les impasses de la gauche radicale



Les « nuit-au-boutistes », comme il est merveilleusement convenu de les appeler, ont levé un espoir immense dans les milieux de la gauche radicale, à tel point que plusieurs de ses figures se sont raccrochés aux wagons de la révolte, avec plus ou moins d’entrain il est vrai. Reconnaissons au journal alternatif Fakir d’avoir lancé la mobilisation, suite à la grande manifestation du 31 mars contre la loi Travail, en s’installant place de la République et en organisant le soir même une projection du film de François Ruffin Merci patron ! Depuis ce jour, la galaxie des « nuit-au-boutistes » s’est déployée dans quelques grands centres urbains avec l’œil bienveillant des autorités publiques en général et du parti socialiste en particulier. On ne soulignera jamais assez la capacité des mouvements dits « révolutionnaires » à s’abriter sous la protection du système tout en continuant à hurler face à l’insupportable brutalité policière. De son côté, la machinerie médiatique s’est tout naturellement entichée d’une jeunesse en révolte qui rappelle les petites heures de mai 68, comme un léger courant d’air printanier. Enfin, la France allait avoir son Occupy wall street, son Podemos pour remobiliser une conscience de gauche quelque peu déboussolée par les options libérales du Parti socialiste. 

         On l’aura compris rapidement, Nuit Debout est une nébuleuse sympathique qui rappelle aux soixante-huitards qu’il y a encore des oreilles pour écouter les discours lénifiants de l’émancipation, désormais ouverts à toutes les chapelles revendicatrices. Et si les intentions sont tout à fait louables, soutenues en particulier par la détestation des professionnels de la politique et des obsessionnels de la croissance, les réalisations n’en restent pas moins anecdotiques : « réappropriation du politique par le bas », « circulation de la parole citoyenne », « dénonciation de l’Etat policier et patriarcal », etc.

Pourtant, les spécialistes de la révolution – ou des « moments révolutionnaires » dans le nouveau jargon anticapitaliste – sont accourus au chevet des nuit-au-boutistes pour leur prodiguer les recettes à suivre. On constatera une nouvelle fois que la majorité des intellectuels de la gauche radicale sont bien installés dans le paysage institutionnel dont il tire des revenus très confortables. Ainsi, Frédéric Lordon (directeur de recherche au CNRS) a harangué les jeunes foules à mettre par terre la « chefferie éditocratique » au nom d’un « souverainisme de gauche » enfin retrouvé. Prônant la sortie de l’euro, le retour aux Etats et l’essor d’une nouvelle démocratie, il est cependant difficile de comprendre comment cet appel à la souveraineté populaire se conjugue avec la régularisation de tous les sans-papiers. Pour sa part, Jacques Rancière (professeur émérite à l’université de Paris VIII)  se présente comme un simple « observateur extérieur » tout en incitant la jeunesse à suivre  ses petites leçons démocratiques : « cultiver le dissensus », « faire circuler la parole », « constituer la volonté d’un peuple », etc. La coqueluche des sciences politiques poursuit son propos par une remise en cause très classique du régime présidentiel et conclut par un slogan innovant : « De toute façon, c’est le Capital qui est la cause de tout ». Geoffroy de Lagasnerie (professeur à l’Ecole nationale supérieure d’arts de Cergy-Pontoise) est un peu plus circonspect face à un mouvement qui n’a pas encore compris, contrairement à lui, que les catégories fantasmatiques de « communauté », « citoyenneté », « espace public » appartenaient au passé. En tant qu’intellectuel de gauche, il souhaite bien sûr que la « mobilisation réussisse », étant lui-même attaché à la « prolifération des luttes et des contestations ». Quant à Emmanuel Todd (Institut National d’Etudes Démographiques. Récent auteur de Qui est Charlie ?), il avait déjà eu la prescience d’identifier l’ennemi principal sous les traits du « catholique zombie » à la suite des attentats du 11 janvier, il se réjouit cette fois-ci d’un mouvement qui s’attaque à une société placée « sous la coupe des vieux et des banques » – on appréciera la photo qui illustre l’entretien paru dans Fakir. Enfin, on sera gré à Alain Badiou de ne pas nous avoir donné une petite leçon de communisme révolutionnaire et d’accord avec Eric Hazan pour dire qu’« aucune insurrection ne se prépare place de la République »



         En tous les cas, Nuit Debout nous révèle, si besoin était, que la gauche radicale-institutionnelle se complait dans les recettes éculées de l’anticapitalisme et se nourrit du vieil imaginaire des années 1970. Certes, le logiciel marxien s’applique encore à un système entièrement centré sur le capital, mais est-il besoin pour autant de se laisser porter par les réflexes pavloviens des révoltes passées : contre le fascisme, contre l’Etat policier, contre les médias dominants. On sourira de la dernière bravade tant les médias officiels tombent à pâmoison devant la moindre attitude rebellocrate. Il est vrai que les intellectuels radicaux ne tolèrent que très difficilement le surgissement d’une autre parole que la leur dans l’espace public, surtout quand cette dernière prend des accents « réactionnaires » et reflète les attentes d’une partie importante des citoyens. Rancière parle d’ailleurs d’une véritable « contre-révolution intellectuelle » qui s’instille dans les esprits faibles pour y semer la haine. La rhétorique antifasciste n’est jamais très loin, aussi ridicule soit-elle, puisque certains antifas ont même trouvé le moyen de qualifier Nuit Debout de mouvement d’extrême droite ! Frédéric Lordon, toute rage sortie, s’est félicité de l’éviction de Finkielkraut de la place de la République tout en se fendant d’un message christique : « Nous n’apportons pas la paix ». On aimerait franchement le croire et interpréter avec Gaël Bustier le mouvement comme une espèce de contre-offensive culturelle, prélude à une révolte de grande ampleur. Mais il faut une fois encore se rendre à l’évidence, les appareils idéologiques d’Etat cher à Althusser sont entre les mains de soixante-huitards qui ont parfaitement su concilier discours libertaire et économie libérale.

         Enfin, il ne nous semble pas que l’aube révolutionnaire se lève place de la République. La fameuse convergence des luttes, pardon l’intersectionnalité des pratiques contre toutes les formes d’altérophobie, révèle plutôt l’intoxication des esprits par les formules en vogue, tout droit sorties du logiciel libéral-libertaire. L’insistance sur les discriminations en tous genres finit par rabattre l’égalité sur les plis de la diversité, encourageant la reconnaissance d’une multitude de droits individuels qui vont à l’encontre de la justice sociale. A cela il faut encore ajouter que les débats en la matière s’enlisent dans d’invraisemblables nœuds de paroles vaines : l’une des commissions féministes a par exemple déploré que les pratiques sexistes persistaient chez les nuit-au-boutistes et qu’en matière d’égalité il était finalement préférable de parler entre soi, à la suite de quoi une énième commission s’est formée pour dénoncer les propos discriminatoires des premières. Il faut dire qu’en matière de mixité sociale, comme le souligne le très représentatif Geoffroy de Lagasnerie, Nuit Debout reste un rassemblement de la « petite bourgeoisie blanche urbaine » qui se targue de parler au nom du peuple ou, plus précisément, des « communs » qu’ils sont en train d’échafauder. On imagine mal, en effet, les prolétaires qui triment toute la journée aller pactiser le soir venu, une bière à la main et entre deux sons de djembé, avec les ravis de la crêche contents de pouvoir s’exprimer librement. Les nietzschéo-deleuziens ont peut-être beau jeu de se délecter du surgissement des possibles révolutionnaires et du déploiement rizhomatique des subjectivités, mais l’événement censé déchirer la toile de l’histoire peine à faire surface. 


         Pour conclure, il faut également rappeler les oppositions entre les multiples factions gauchisantes qui ne savent plus trop sur quel pied danser à propos de l’Etat-nation. Il était d’avis général de dire que « l’Etat, c’était mal » mais voilà que Lordon en appelle à un « souverainisme de gauche » tandis que Lagasnerie se méfie au contraire des « curieux fantasmes d’appartenance et d’inclusion ». En tous les cas, ce retour du peuple ou encore ce désir de communauté nous semblent plus en phase avec les attentes citoyennes que l’éparpillement des luttes subjectives. Il reste que les solutions proposées ne sont guère entraînantes ; là aussi, les vieilles lunes de la démocratie participative et conviviale sont remises au goût du jour : mandat impératif, assemblée constituante, tirage au sort, etc. On le voit, les bonnes intentions en politique ne suffisent pas à faire un programme révolutionnaire. Tout du moins pour l’heure, car tout arrive à qui sait attendre.






jeudi 28 avril 2016

Mathieu Bock-Coté à l'Avant-garde de la critique du multiculturalisme




L'essayiste Mathieu Bock-Coté était au "café de l'Avant-Garde" mardi dernier pour parler de son dernier ouvrage "Le multiculturalisme comme religion politique".

« Merci d’être venus nombreux à ce premier rendez-vous ! lance les organisateurs du premier « café de l’Avant-Garde » à la petite audience qui se presse dans l’arrière-salle exiguë d’un café de la rue des Martyrs. Tous sont venus écouter Mathieu Bock-Coté, qui vient de publier Le multiculturalisme comme religion politique, aux éditions du Cerf. Le son des conversations et la musique du bar nous parviennent largement, même au fond du café. Cela a peu d’importance pour l’essayiste québécois qui ajoute à une plume acérée quelques qualités de tribun et une voix capable de couvrir le brouhaha en arrière-plan.
« Le multiculturalisme est l’héritier d’un marxisme en décomposition », explique l’essayiste, c’est-à dire d’une histoire politique qui vit d’abord le communisme français trébucher sur mai 1968, laissant l’initiative à une extrême-gauche bigarrée et libertaire, avant de péricliter définitivement à partir des années 1990, survivant de peu – ou à peine – à l’effondrement du grand frère soviétique. Comme le rappelait le politologue Philippe Raynaud il y a quelques années : « La première singularité française, qui n’est sans doute pas la plus importante, est la permanence d’une extrême-gauche organisée, dont les principaux courants sont issus de l’histoire déjà longue du trotskisme et se présentent peu ou prou comme les héritiers de la révolution d’Octobre. »[1] A travers cette mutation politique, ajoute aujourd’hui Mathieu Bock-Coté, on a assisté au « renouvellement en profondeur du projet politique de la gauche »[2] qui a progressivement débouché, souligne le sociologue et chroniqueur du Journal de Montréal, sur une victoire idéologique : la vision de cette gauche post-marxiste devenant intellectuellement et médiatiquement dominante à partir des années 1990, alors même que les résultats obtenus aux présidentielles montrent sa faible implantation électorale. En 1995, Arlette Laguiller et Robert Hue rassemblaient encore près de 14 % des voix à eux deux (5,3% pour la première et 8,64% pour un PCF qui achevait son déclin), mais, dès 2002, une proportion de voix identique était répartie entre quatre candidats (Laguiller, Hue, Gluckstein et Besancenot). En 2007 cinq candidats d’extrême-gauche totalisaient tout juste 9% des suffrages exprimés et il fallut le phénomène Mélenchon pour tirer en 2012 l’extrême-gauche, désormais officiellement post-communiste, au-dessus de la barre des 11% (Mélenchon réalisant presque l’intégralité de ce score, Philippe Poutou devant se contenter de 1,15% et Nathalie Arthaud de 0,54%).
Les résultats de vingt ans d’élections présidentielles amènent logiquement à se poser la question de la survivance idéologique d’une gauche post-marxiste qui a su imposer son discours dans le champ bien plus élargi de la « démocratie diversitaire », analyse Mathieu Bock-Coté. Puisque le Grand Soir n’était décidément pas pour demain, il a fallu se tourner vers de nouvelles aubes révolutionnaires en attendant le crépuscule tant espéré de l’Etat-nation et de la démocratie bourgeoise. La nouvelle grande lueur n’est pas cette fois venue de l’est mais de l’université, avec l’essor des théories déconstructionnistes qui ont accouché d’un véritable projet politique, « philosophie, explique Mathieu Bock-Coté, fondée sur la désoccidentalisation et la dénationalisation. » Puisque le prolétariat ne peut plus être la classe élue et que l’histoire a consacré la chute du communisme, il convient donc de rejeter l’histoire et de se tourner vers autre chose pour continuer à faire vivre l’idée d’un salut universel ici-bas. Après l’électrochoc de 1968 et celui de 1989, ce seront donc les philosophes de la déconstruction qui seront en quelque sorte appelés au chevet de la refondation doctrinale pour insuffler, à coups d’inspirations bourdivines, de parrainage foucaldien et d’incantations lévinassiennes, une nouvelle dynamique à cette gauche qui navigue entre intellectuels médiatiques et romantisme révolutionnaire, « L’Autre, expose Mathieu Bock-Coté, devient la figure régénératrice à partir de laquelle réinventer la civilisation occidentale » Entre « réflexe pénitentiel », idéologie « no border », égalitarisme ultrapolyvalent et culture de la contestation hors-sol, l’extrême-gauche s’est réinventée un avenir que l’historien Marc Lazar évoquait déjà en ces termes en 2002 : « L’importance de l’extrême gauche est ailleurs. Elle dispose d’une influence idéologique sans commune mesure avec son poids électoral. Elle diffuse une vulgate, qui n’est même plus une idéologie constituée, une forme de « néo-gauchisme » qui se répand bien au-delà des rangs de l’extrême gauche stricto sensu. »[3]
Pour Mathieu Bock-Coté, les thèmes porteurs de cette gauche multiculuraliste et post-marxiste dépassent en effet largement le champ restreint des mouvements politiques marginaux et se rapporte plutôt à une transformation plus large du discours intellectuel, politique et médiatique dans toute la société occidentale. Au cours de la période post-totalitaire, le sanglot de l’homme blanc s’est mué en projet politique alternatif pour une démocratie triomphante, n’ayant plus d’autre adversaire à affronter qu’elle-même. Ce projet est celui d’une « démocratie diversitaire », porteuse d’un projet qui est celui du multiculturalisme, que Mathieu Bock-Coté définit comme une véritable idéologie, et non comme un simple phénomène social, culturel ou économique. « Il s’agit, écrit-il, plutôt de reconstruire intégralement la société à partir d’une nouvelle maquette, celle de l’égalitarisme identitaire, qui se réclamera de la diversité inclusive. »[4] Et pour ce faire, il convient avant tout de remettre définitivement en question le modèle historique de l’Etat-nation, considéré par les partisans du multiculturalisme politique, comme un modèle oppressif et dépassé, ralentissant l’inéluctable avènement d’une humanité débarrassée des contraintes de sa propre histoire, matérialisées par la persistance des frontières et des Etats. Le multiculturalisme a fait son apparition politique au Canada avec la Charte canadienne des droits et libertés en 1982, promue par le Premier ministre Pierre Elliott Trudeau. En France, c’est plutôt le débat autour de l’immigration qui a entraîné dans les années 1980 ce discret mais définitif séisme sémantique que fut le passage du modèle de l'assimilation culturelle au multiculturalisme, jusqu’à prôner, explique l’auteur du Multiculturalisme comme religion politique, une inversion de la notion d’intégration, puisque ce n’est plus à l’immigré, figure idéologiquement sacralisée, d’adapter sa culture et ses valeurs à la société d’accueil, mais bien à cette dernière d’adapter constamment les siennes aux populations arrivantes. Une logique qui dépasse la seule question des politiques d’intégration mais reflète plus largement un rapport très problématique des sociétés occidentales à l’histoire puisque le multiculturalisme, comme projet ou religion, politique, a pour horizon l’indifférenciation culturelle généralisée, dans des sociétés modernes où le rapport à l’histoire tend à être remplacée par l’idéologie du compassionnel et du développement personnel, une sorte de meilleur des mondes post-modernes : « A partir du moment où les nations ne sont plus que des labels recouvrant, tout au plus, une simple réalité administrative, à ce moment nous pourrons dire que la véritable diversité culturelle aura été pulvérisée », assène encore l’orateur.
L’ouvrage de Mathieu Bock-Coté expose cependant quelques limites au constructivisme de cette gauche humanitaire qui voudrait réduire l’humanité à sa souffrance comme la droite néolibérale veut la réduire à sa force de travail. Il y a des limites et donc des résistances qui sont celles, avant tout des populations, des nations, dont Mathieu Bock-Coté constate d’ailleurs, comme le faisait Milan Kundera dans Le Rideau[5], que plus elles sont petites et plus elles ont tendance à revendiquer leur singularité de manière forte : « elles se définissent dans le sentiment qu’elles ont de leur singularité culturelle, et n’ont jamais l’illusion de se croire universelles. » Car l’universalisme est bien l’idéologie qui a enfanté de la « religion du multiculturalisme », un universalisme qui est pourtant également au cœur de l’identité de la civilisation occidentale…et aujourd’hui au cœur de son malaise, comme si, à la mystique universaliste, qui permit à la démocratie libérale de triompher de ses ennemis de 1914 à 1991, on opposait désormais un universalisme dont l’ambition serait simplement de dissoudre cette vieille démocratie libérale en elle-même. « Le paradoxe, écrit Mathieu Bock-Coté, c’est que les soixante-huitards laissés à eux-mêmes auraient été incapables de défendre la société dont ils profitaient : ils ont tiré les avantages d’une victoire qui n’était pas la leur et qu’ils n’hésitaient pas à diaboliser. »[6]
Dans le contexte qui est le nôtre - celui de sociétés exposées au délitement social, à l’abdication du politique et au déchaînement d’une nouvelle forme de terreur totalitaire, cette fois islamiste - il nous reste donc à trouver, ou à retrouver, la formule d’une « résistance non-libérale – et non pas antilibérale », précise Mathieu Bock-Coté, qui est peut-être plus du côté de Tocqueville et de Benjamin Constant que des mots d’ordre éphémères et de la ritualisation groupusculaire du « nous », infatuation grégaro-révolutionnaire d’un « je » en mal d’affirmation. La réponse à trouver à ce multiculturalisme comme religion politique qui « écrit une nouvelle page dans l’histoire de l’assujettissement de l’homme »[7] résiderait dans la tradition d’une pensée antitotalitaire avec laquelle il est urgent de renouer, nous dit l’essayiste.
Une tradition antitotalitaire, ou tout simplement un renouvellement de la pensée politique dont la quête  suscite des tentatives disparates de sortir d’un clivage politique aussi étouffant que stérile. Hier il s’agissait, à gauche, d’un Printemps Républicain qui peine encore à trouver son unité. A droite aujourd’hui, c’est L’Avant-Garde qui, sous le patronage d’un Charles Millon ou de Charles Beigbeder, veut former une « structure de réflexion et de mobilisation politique », explique Arthur de Watrigant, l’un des animateurs du collectif, proposant notamment les rendez-vous réguliers, tous les quinze jours, de ce « café de l’Avant-Garde », avec de nouveaux intervenants, « mais dans un lieu un peu moins bruyant la prochaine fois », conclut l’organisateur.



[1] Philippe Raynaud. L’extrême-gauche plurielle. Edition Perrin. Tempus. 2006. p. 9
[2] Mathieu Bock-Coté. Le Multiculturalisme comme religion politique. Les éditions du Cerf. 2016. p. 19
[3] Marc Lazar. Entretien donné à Politique Autrement. Octobre 2004. « Quel avenir pour le PCF et l’extrême gauche ? »
[4] Mathieu Bock-Coté. Le Multiculturalisme comme religion politique. Les éditions du Cerf. 2016. p. 186
[5] Milan Kundera. Le Rideau. Gallimard. 2009
[6] Ibid. p. 325
[7] Ibid.