dimanche 7 octobre 2012

Appel de Maurice G. Dantec


Neurocamp ou Satellite Fighter : appel public de Maurice G. Dantec contre le kidnapping de son œuvre, lu au Cercle Cosaque le 27 septembre 2012.



Lorsque je suis mort pour la première fois, le 2 avril 2011, cela dura sept jours, le temps de créer un monde et la créature qui l’habite, le temps de produire un coma artificiel qui habitera un homme, selon la nomenclature médicale en vigueur.
Une simple peccadille pour les pigistes-blogueurs aux ordres de la bien-pensance indifférentialiste ou les intervenants de forums internet, autoproclamés docteurs en droit mais dont le bloc tout juste multineuronal est à ce titre généralement inculte.
Je subissais alors un choc septique majeur qui commençait à attaquer les organes environnants, dont les poumons, qui subissaient par voie de conséquence un double pneumothorax en règle, autre détail sans la moindre importance significative pour les larbins de service et les décoratrices de mode des défouloirs internautiques.
L’opération échoua ; une nécrose était apparue, une seconde intervention s’ensuivit aussitôt, sous anesthésie générale lourde, modèle abyssal ; plus de trente centimètres de l’organe infecté furent retirés in extremis puis, une semaine de coma plus tard, on procéda à la réparation des dégâts, par ce qui s’appelle une colostomie, dispositif réservé habituellement aux victimes des cancers en phase métastatique, simple figure de style pour les micro-Barons de l’Anneau qui savent, sans jamais avoir rien appris, surtout pas dans leur propre corps, qui n’est pour eux qu’un appendice vaguement animé, quoique bien planté au garde-à-vous devant le rictus sans visage du pouvoir narcissique.
C’est au cours de la toute première mort, alors que les médecins se trouvaient face à un pronostic plutôt sombre quant à l’issue du coma dans lequel ils m’avaient plongé, que mon épouse, dont je tairais l’état psychologique, reçut un coup de téléphone en provenance de France, d’un homme, semblait-il en tout cas, qui s’enquérait, visiblement inquiet, de mon état de santé.
Lui ayant livré l’avis pessimiste et circonstancié des chirurgiens, Sylvie s’entendit répondre, par une voix assourdie d’une forme inédite d’angoisse existentielle :

MAIS QU’EST-CE QUE JE VAIS DEVENIR ?

Ce membre de l’espèce connue sous le nom d’homo sapiens ignorait qu’il accomplissait, à rebours, de façon éminemment paradoxale, et sans pouvoir le deviner, un acte nietzschéen, à savoir que par ces simples mots, il devenait pleinement ce qu’il était ou, plus précisément, dans son cas particulier, « se révélait ce qu’il ne pouvait être », soit une personne. Une personne, c’est-à-dire un être indivisible, mais circonscrivant l’opération de division infinie, une personne, c’est-à-dire un être, tout simplement, soit une entité dotée d’une relation à l ‘altérité qui ne soit pas fondée sur la suppression systématique de celle-ci.
Comme je l’ai clairement signifié plus tard à ce membre de l’espèce, lui citant un mot qui lui a nécessité, pour sûr, l’achat urgent d’un dictionnaire bilingue traduisant le « sursinge » – pour reprendre Friedrich Nietzsche une fois encore – je suis prêt au GAMBIT de mon propre ouvrage pour préserver ma liberté et ma dignité d’écrivain libre.
Ce bipède probablement mammifère n’a pas la moindre idée de ce qu’est un “gambit” – on ne s’en sert pas pour conduire des motocyclettes de luxe ou utiliser des rétroprojecteurs de salon à ultra-haute définition – et il est encore plus étranger au sens de l’expression écrivain libre, deux termes qui ne peuvent évoquer pour lui qu’un assemblage de mystérieux hiéroglyphes.
Il lui faudrait en effet disposer de celui de “sacrifice”, or celui-ci ne vaut pas les 72 000 euros d’une Porsche Boxer flambant neuve, ou le prix d’un Grand-Divan-Blanc obtenu en solde lors de sa mise en vente au rayon occasions d’Ikéa ou de Monsieur Meuble.
Aussi, par le présent appel public, je vais le placer, lui et ses collaborateurs, quels qu’ils soient au demeurant, devant un changement radical de PARADIGME :

Si le conflit qui nous oppose est désormais devenu total, c’est qu’il s’agit en fait d’un authentique PROCÈS POLITIQUE. Et sur ce point, ce n’est pas le stage d’été passé dans sa jeunesse au CDS de François Bayrou qui va pouvoir lui être d’un très grand secours.
Car comme le savait un célèbre penseur allemand du XIXe siècle, la GUERRE n’est rien d’autre que la poursuite de la POLITIQUE par d’autres moyens et, bien évidemment, la réciproque est tout aussi avérée.
C’est la raison pour laquelle j’invoque ici mon droit à la LÉGITIME DÉFENSE et mon recours à ce que Joseph Schumpeter nommait DESTRUCTION CRÉATRICE.
J’en appelle officiellement aux véritables hommes libres, ceux qui, parmi mes lecteurs, ont compris ce qui s’était tramé durant sept années pleines, jusqu’à ce qu’une convergence de facteurs détonants fasse tout exploser dans mon esprit enfin libéré de l’emprise d’une sinistre manipulation psychologique, calculée comme telle dès ses origines.
Ce conflit éminemment POLITIQUE, comme je l’ai dit, met en jeu deux systèmes de valeurs absolument et à jamais irréconciliables, incompatibles, incompossibles – aurait dit Leibnitz, que ce membre de l’espèce n’a certes jamais lu puisque, comme tout ce qui fonde son simulacre d’existence, il ne lit pas, mais fait établir par son bloc cortical d’appoint un résumé en diagonale qu’il a le temps de rapidement assimiler.
Ce livre mérite mieux qu’une maison d’édition sans la moindre bibliothèque et dont le “patron” se considère en mesure d’ordonner comment et quoi écrire, comment et quoi porter comme tenues vestimentaires, comment et quoi dire aux journalistes, comment et quoi accepter de la part des “contrôleurs-qualités” dont il forcera l’auteur à accepter la présence observatrice, par-dessus son épaule.
Dans une guerre, surtout dans une guerre “civile”, l’essentiel est de bien se faire comprendre par chacun des camps en présence.

Ce membre de l’espèce, apprentie cheftaine conseillère de style, doit bien se faire à l’idée qu’il n’a strictement aucune MERCI à attendre de moi. Et il sait très exactement pourquoi, et saura très bientôt comment.
Ceux qui savent déjà pourquoi et comment je me bats contre sa paradoxale non-existence, et ses divers majordomes, doivent comprendre comment et pourquoi agir :
Pourquoi ? Pour se dresser contre l’Inhumanité post-moderniste, basée sur l’indifférence/indifférenciation narcissique généralisée, ce micro-totalitarisme d’après la mort du « politique », cette « psychopathologie de masse du fascisme » – pour citer Wilhelm Reich – atomisée dans le tout-à-l’égo autonomique.
Comment ? En laissant une chance au livre d’exister par lui-même et aucune à ceux qui l’ont kidnappé, en le plaçant d’office dans leur camp d’internement neuropolitique.
Je ne fais guère confiance aux institutions qui gouvernent ce pays sous le haut patronage politicien et moralitaire d’organisations sans visage ni véritable légitimité, mais ce sont les grands médias en place, en particulier ceux qui se réclament d’une « tradition républicaine d’objectivité » qui ont montré de quel côté, celui du manche, celui du fric, celui de la foule micronisée contre l’homme seul réunifié, celui du moi-je d’abord contre celui de l’autre en soi, bref celui de leur homologue membre de la même espèce, ils entendaient se situer.
Nous sommes donc bien au cœur d’un conflit politique, et même, et surtout métapolitique, et c’est donc sur ce terrain que j’entends désormais me battre contre ce membre de l’espèce et ses représentants de commerce. Jusqu’au bout.
Jusqu’au bout de ses propres ténèbres, dans lesquelles il s’encage de lui-même, car tel est le châtiment réservé au Crime contre l’Esprit.
Et c’est pourquoi, à l’instant même, la Vérité me rend libre.

En vous remerciant de votre attention -

Maurice G. Dantec, le 22 septembre 2012

http://www.mauricegdantec.com/

5 commentaires:

  1. j'ai les yeux qui piquent.
    Mon ptit Maurice que ta plus grande œuvre soit celle de cette lutte contre le viol mental et le viol artistique...
    D'ailleurs c'est peu être un futur livre que tu tiens là.

    Monsieur Le Gurhal.

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  2. Merci pour ce commentaire. On espère aussi ici que la pire chose qui puisse maintenant arriver à MGD soit de trouver la matière pour un nouveau livre et nous lui souhaitons en attendant bon courage.

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  3. courage à Mr Dantec, je lis ses livres avec toujours grand plaisir et tous sont dignes du plus grand intêret.
    Son nom restera inscrit à travers son oeuvre, qui se souviendra de son agent,ses livres resteront et seront sûrement encore plus appréciés des génerations futures, tant il est difficile d'être compris par ses contempouriens...
    Merci.

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  4. Les contempouriens...On ne saurait mieux dire! Ou carrément les contents-pourris? Bon courage à Maurice Dantec également.

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  5. Il ne nous éprouve jamais plus que nous ne pouvons le supporter. Mr Dantec je vous souhaite beaucoup de courage et bravo et merci pour votre œuvre au combien éclairante.

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